A dialogue with practitioners and researchers. About Spatial Justice.

Permanently under construction.
Natasha Avanessians, Chief of Staff at Long Island Rail Road, New York (USA) - August 2019

 

Last year, as I was browsing through the newspaper, I came across the recently released 2018 New York City 40 Under 40 list. This list is known to celebrate the next generation of rising community leaders - or what I like to call the fresh crop of young political change makers who give you exactly your daily dose of inspiration. I was thrilled to recognise Natasha's portrait on that list. Seeing her familiar face brought back memories of seminar sessions in a quite popular class offered by Columbia's Urban Policy concentration program. For we were both part of the lucky grad students who had sat in Dr. Ester Fuchs' class on Urban Politics, or what I like to call your refresher on the sharp politics that make up cities and planning in general. It was thrilling to sit in those sessions and actively debate about what in our respective national political economies had to be preserved or fixed in order to secure inclusive and sustainable cities for all. And we probably all agree that Professor Fuchs delivered her lectures with the right balance of chic and badass that can only characterize somebody who was trained with Ira Katznelson - during the heyday of Chicago political theory research, to later serve New York City Mayor Michael R. Bloomberg from 2001 to 2005 - during one of the most intense mayoral mandates the city was to know. 

Natasha specialized in transportation policy. She first put that into practice with the New York taxi industry, then got into the nuts and bolts of an eight-million metropolis mass transit system, first with the Metropolitan Transportation Authority, then as Long Island Rail Road chief of staff. She shared with me her thoughts on how we need to properly factor in the daily challenges of handling such a transportation system in order to make it more efficient and inclusive in the long run.

  • MM: How and when did you decide you wanted to work in transportation planning?

  • NA: For decades, New York's transportation system has faced a vicious cycle of grossly inadequate funding, leading to decaying infrastructure and antiquated technology and subsequently, poor service and flagging ridership. With new leadership in the State Capitol and high public demand, the MTA is now in the midst of a transformative era. Appropriate investments are finally being made to expand and upgrade our system to meet the needs of the modern rider. Being a part of this monumental period - one that affects millions of riders and hundreds of communities – was an opportunity I was eager to take on.

  • MM: What would be a just space/city for you ?

  • NA: A city with connected communities. New York is teeming with diversity and culture. In just a few blocks one can be transported from the serenity of Central Park to the hustle and bustle of midtown and then the windy streets of Chinatown. While the landscape of the City is evolving with bike lanes, improving public transit and shared streets, we have to push the envelope further: expanding multi modal transportation options so that every community in New York is served and accessible. This opens up opportunities for New Yorkers to explore their city, earn job opportunities, connect with cultural experiences and enhance the services upon which they rely. 

  • MM: In what way has your practice in Long Island evolved over time?

  • NA: When I first arrived at the MTA, I served as a project manager on the Subway Action Plan, a strategic set of initiatives to upgrade and stabilize the New York City subway system. When I came over to the Long Island Rail Road as Chief of Staff, my role evolved beyond project management to encompass all aspects of the agency. While I continue to oversee progress on maintenance and construction projects, I am also responsible for ensuring that our 7,500 employees have the tools and resources they need to get their jobs done as effectively as possible and that we are meeting the justifiably high expectations of our growing ridership.

  • MM: What/who is your biggest source of inspiration for your work?

  • NA: New York City Mayor Michael Bloomberg, to me, truly epitomizes a public servant who gets things done. He wasn’t afraid to think outside of the box -- and in some cases challenge people’s comfort zones -- when thinking about land use and how we move around the City. He disrupted the status quo when he decided to pedestrianize Times Square, one of the densest parts of central Manhattan. And now mobility and quality of life has improved tremendously in the area. He also foresaw the return to the waterfront. The land along the West Side Highway, a once abandoned and isolated part of Manhattan no one would dare walk by, has boomed in the last 15 years with miles of parkland, community centers and housing. And Hudson Yards, a reawakening of opportunity that transit-oriented development brings to a city. These accomplishments are a good reminder that no idea is too wonky or unattainable.

  • For more information : 

  • https://www.cityandstateny.com/articles/power-list/new-york-city-40-under-40-2018.html

  • http://web.mta.info/lirr/about/GeneralInformation/

Nora Nafaa, Chercheuse, Perpignan (France) - Avril 2019


Ça fait longtemps que je prépare cet entretien avec Nora. D'ailleurs, je l'avais en tête dès le premier entretien que j'ai mené dans le cadre de ce projet. Je l'avais aussi en tête pendant nos années ardues de concours à l'ENS, lorsqu'on se serrait les coudes et qu'on élaborait ensemble nos stratégies de survie. Ou qu'on inventait des plans de publication de numéros de revues dans les jardins de l'école. Je l'avais aussi en tête quand on refaisait le monde en roulant dans les rues de Sarcelles, fenêtres ouvertes, et que Nora m'aidait à décrypter les paysages de sa ville, en n'oubliant ni les maisons Castors, ni les avenues fleuries du centre. Et puis aussi lors de chaque conversation téléphonique au retour des vacances au bled, en bonnes représentantes des traditions estivales franco-algéro-marocaines. L'évocation de tous ces souvenirs sert un peu d'entrée en matière personnalisée à cet entretien. Nora est actuellement PRAG au département de Géographie de l'Université de Perpignan. La thèse qu'elle prépare porte sur les territoires scolaires et les recompositions de l’ordre métropolitain à Philadelphie et Atlanta. Son travail de recherche  vient d'être récompensé par la Fondation Palladio, qui soutient les thèses traitant de la construction de la ville. Et on n'en est pas peu fières.

  • MM : Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être chercheuse ?

  • NN : La question ne s'est pas trop posée. On a un système scolaire quand même assez linéaire, où j'ai passé mon bac, j'ai été en classe prépa, je suis devenue auditrice à l'ENS de Lyon, avec l'objectif de passer l'agreg parce que je voulais être prof. Et puis après ça, tout le monde faisait une thèse, je me suis dit que j'avais envie de creuser le sujet de recherche sur lequel je travaillais déjà. Je ne pense pas qu'il existe, ce moment où tu te réveilles et tu te dis "Olala, je veux absolument être chercheur", c'est loin d'être aussi lisse. Dans notre système universitaire, tu peux vite te noyer dans les heures d'enseignement, même si dans les textes, tu es sensé y consacrer la moitié de ton temps seulement. Ça peut vite devenir très difficile, et il faut faire preuve de tellement de discipline. Mais c'est un passage obligé, parce que tu enseignes pour pouvoir faire de la recherche, et puis tu côtoies une équipe pédagogique qui peut des fois te donner du souffle pendant que tu rédiges ta thèse. 

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace - topographique, imaginaire - juste ?

  • NN : Vaste question ! Je ne pense pas que ça existe. C'est un idéal qu'on n'atteint jamais. Après, certains espaces sont plus justes que d'autres, et au-delà des espaces, il existe des sociétés - ou des configurations - qui sont plus justes que d'autres. Même en travaillant sur des questions d'inégalités, de justices éducatives, la justice spatiale n'est pas du tout une approche que je mobilise comme corpus théorique. Dans ma recherche, plutôt que d'aller vers ce qui est juste, je me tourne d'abord vers ce qui est injuste ou dysfonctionnel. Je pense aussi que c'est une tradition française où on formule moins une série de propositions qui prolongent les conclusions d'une recherche. Ou peut-être que ça me paraît évident, mais que je ne le formule pas assez : un système éducatif plus juste, c'est un système plus équitable, qui donne par exemple plus de ressources pour mieux former les enseignants. Ça fait de toute façon partie de mon cheminement de pensée - comme un titre dans ma conclusion de thèse ? 

  • MM : De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • NN : Tu travailles d'abord un peu tout seul, et puis au fil du temps, ça change, tu t'intègres dans une communauté, en plus de l'équipe de ton labo avec laquelle tu interagis au quotidien. Et puis la thèse, ça a été ce tournant où tu travailles vraiment avec les personnes qui te dirigent. Avant la thèse, même si tu es encadrée par quelqu'un qui est spécialiste de ton sujet, c'est rarement un travail à deux. Avec mon directeur de thèse, par exemple, on collabore sur beaucoup de projets et on publie beaucoup à deux. Il a à cœur que je me consacre entièrement à ma thèse, et ça le fait aussi avancer dans ses réflexions à lui. Ça te motive et ça te stimule intellectuellement quand on te contacte en duo, pour écrire un chapitre d'ouvrage ou un article, et on aborde ces projets en se répartissant toujours le travail de manière équitable, vraiment loin du mandarinat. Je suis aussi arrivée à un stade où je commence à être moins strictement centrée sur mon sujet de thèse, j'ai envie d'élargir à des objets d'études similaires. Et grâce aux communications scientifiques, tu construis ta communauté, soit en candidatant aux appels à contributions, soit parce qu'on t'invite à des ateliers ou des conférences. Quand tu travailles sur un objet relativement peu présent dans ta discipline, tu te mets à croiser toujours les mêmes personnes. On travaille tous sur l'école, on est tous profs, on a tous un rapport très particulier à notre champ de recherche. On a vite tendance à se rapprocher aussi de chercheurs et chercheuses qui ont les mêmes engagements politiques vis-à-vis de cette question.   

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • NN : Je ne dirais pas qu'il y a une seule personne, mais plutôt plusieurs modèles que tu as envie de suivre. Si je pense par exemple à mon directeur de thèse, je suis particulièrement fan, sur le plan scientifique et aussi sur le plan humain, je l'avoue, et c'est stimulant. Et puis quand je pense au courant dans lequel  je m'inscris, je pense à Renée Rochefort. Je me souviens avoir lu un jour une citation d'elle, et je me suis dit voilà, je veux précisément faire ça. Elle disait un truc dans le style de "Pour moi, ce qui compte avant tout, c'est les gens". J'ai vraiment l'espoir que les matériaux de terrain que je mobilise dans ma thèse fassent ressortir ça. On a besoin de ce côté commère, de taper dans l'anecdote pour ensuite monter en généralité, et j'assume complètement cette approche. C'est une méthode d'enquête qui me va très bien, loin de la science exacte, et au cœur de ce qui fait la force des outils qualitatifs. Au-delà des inspirations scientifiques, quand je pense à mon cheminement identitaire, ce qui m'inspire depuis le départ c'est de m'éloigner des clichés, de sentir que je fais partie de ce réseau de collègues hyper motivés qui travaillent sur des projets formidables, ça rend la chose moins dure, ça permet de se dire tout le temps "Si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ?". On se dit qu'on est tous dans le même bateau. J'ai par exemple beaucoup d'admiration pour ma collègue Aurélie Delage. Je vois tout ce qu'elle entreprend sur le plan de la recherche, des chantiers pédagogiques, et sur le plan personnel et vie de famille, tout ça avec beaucoup de douceur et de talent, et je ne peux qu'être admirative. 

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • NN : Il y a ce projet qu'on a mis en place avec une collègue cette année, qui articule projection-débat de documentaires, expos de posters d'étudiants qu'on encadre sur des mini-projets de recherche pendant trois mois. Cette année, on a décidé de travailler sur Perpignan et sa géographie de l'éducation. C'est bien sûr une manière de les faire bosser sur un sujet qui nous intéresse nous, qui va les intéresser eux aussi, et ça permet de faire du terrain à Perpignan-même. C'est un peu une bouffée d'air frais, parce que c'est centré sur mon sujet de recherche, mais j'y entre par un prisme plus pédagogique.

  • En parallèle, je prépare une communication sur mon travail de thèse, pour la conférence de l'American Association of Geographers qui aura lieu à Washington cette année. Je compte également présenter le projet qu'on mène avec nos élèves de Licence, sur la géographie scolaire, lors d'un atelier qui aura lieu le même mois à Detroit.

  • Pour plus d'informations :

  • https://www.college-doctoral.fr/actualites/84-distinction-une-doctorante-du-reseau-laureate-de-la-fondation-palladio

  • https://fondationpalladio.fr/bourses-palladio-laureats/

 
 
Marie Mourad, Chercheuse, Berkeley-Paris (États-Unis/ France) - Décembre 2018


J'ai rencontré Marie à Berkeley. Depuis, nous avons développé une amitié tissée de franglais, de séances de travail dans les espaces de bureau les plus improbables de la Californie et de l'état de New York. C'est au détour de hikes et de potlucks dans la ville universitaire la plus progressiste des États-Unis que j'ai appris à observer le rapport à la recherche appliquée que Marie pratique joyeusement. C'est avec des outils transdisciplinaires et un vrai amour du terrain transatlantique qu'elle a composé sa thèse de doctorat pendant ses années à Sciences Po, et qu'elle continue à alimenter son travail de conseil sur les questions de gaspillage alimentaire. Elle est un membre tout particulier du réseau de solidarité franco-américain qui égaye mon parcours personnel et de carrière. Elle aura entre autres eu le mérite de m'initier à beaucoup de pratiques citoyennes qui ont un grand avenir devant elles, comme le dumpster diving

  • MM : Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être chercheuse ?

  • MM : Je ne pense pas qu'il y ait eu vraiment un moment où je me suis dit que je voulais être chercheuse. La décision de faire une thèse, je l'ai prise après avoir présenté mon Master en école de commerce. Une des personnes présentes dans mon jury m'a donné l'opportunité de basculer vers la recherche après, puis de fil en aiguille cette personne est devenue ma directrice de thèse. C'était loin d'être une décision réfléchie. C'est avant tout le sujet du gaspillage alimentaire qui m'intéressait beaucoup, et je me suis dit que ce serait l'occasion de creuser pendant plusieurs années, et de manière relativement indépendante, le sujet qui me plaisait. 

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace - topographique, imaginaire - juste ?

  • MM : Je vais aborder cette question en traitant de l'alimentation, puisque c'est mon angle de travail. Je dirais donc, une répartition juste des ressources alimentaires. Ce qui est important, c'est un accès à l'alimentation pour tous. Ce que j'ai observé au cours de ma thèse, c'est qu'on parle souvent de redistribution, à savoir récupérer les produits en surplus pour les donner aux populations plus défavorisées. Mais ça ne résout pas nécessairement le problème de justice, dans le sens où certains vont accéder à l'alimentation dans des conditions moins dignes, avec un choix, et un niveau de qualité plus réduits. Et ce problème peut se lire également da manière spatiale. Souvent, ce qui bloque, c'est de ne pas avoir accès à un lieu assez proche pour pouvoir manger correctement. Ça se voit beaucoup dans le cas des déserts alimentaires. Ce sont ces quartiers qui proposent très peu de fruits et légumes, très peu de nourriture de bonne qualité nutritionnelle, ou si elle existe, à des prix pas du tout adaptés. Certains endroits, comme les soupes populaires, proposent même de distribuer gratuitement de la nourriture à tous, mais du fait de leur localisation, ou de l'horaire choisi pour distribuer la nourriture, une frange importante des résidents du quartier ne peut finalement pas y avoir accès. Pour les personnes qui n'ont pas de quoi se payer un aller-retour en transports en commun, ça ne vaut pas le coup de se rendre à l'autre bout de la ville pour récupérer cette nourriture. 

  • MM : De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • MM : Quand j'ai commencé, j'étais très enthousiaste. J'ai fait énormément de terrain, rencontré le plus de personnes possibles, fait le plus d'entretiens possibles. Je suis entrée vraiment par l'angle du terrain, et j'ai trouvé ça passionnant. Après ça, la partie portant sur l'analyse et l'écriture pour le travail de thèse, j'ai trouvé ça beaucoup plus difficile. La difficulté s'est surtout posée au moment de commencer l'écriture. C'est sans doute le moment le plus dur de la thèse. J'ai préféré la dernière partie de la phase d'écriture, parce que j'en voyais le bout, et que je pouvais travailler en parallèle sur l'écriture d'articles, collaborer avec d'autres chercheurs, ce que j'ai trouvé assez instructif. C'est ce qui a constitué cette phase de transition entre finir la thèse, et mettre à profit la démarche de recherche que j'avais développée pendant la thèse. J'ai pu par exemple m'investir dans des missions de conseil et de recherche sur des politiques publiques commissionnées par l'ADEME et par des organisations environnementales basées aux États-Unis. Je trouve que cette phase est idéale, car c'est ce qu'il y a de mieux en termes de complémentarité avec la thèse. C'est une complémentarité du point de vue du type d'activités, de la mobilisation des mêmes compétences, qui permet de ré-utiliser voire re-calibrer des données déjà collectées dans le cadre de ma thèse, pour qu'elles puissent être plus accessibles et appliquées par des organisations qui œuvrent directement à réduire le gaspillage alimentaire. 

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • MM : C'est sans doute l'ensemble de personnes très engagées que j'ai eu la possibilité de rencontrer pendant mon travail de terrain. Toutes ces personnes qui ont par exemple créé des associations pour essayer de redistribuer de la nourriture, ou réduire le gaspillage alimentaire. J'ai beaucoup d'admiration pour ces profils assez jeunes, qui créent leur association. Je trouve ça impressionnant, parce que ça doit demander beaucoup de courage de s'investir pour cette cause. Ça donne aussi envie de s'engager soi-même, à son échelle. Ça remonte à la première rencontre que j'ai eue avec le mouvement des freegans, pendant mon mémoire en école de commerce. Ce mouvement m'a beaucoup marquée. Le fait de voir des personnes qui étaient engagées dans un mode de vie anti-consumériste à l'extrême, c'est ça qui m'a au début plus portée à m'intéresser à ce sujet-là, notamment avec le groupe des freegans qui s'engage à New York. 

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • MM : Je travaille actuellement sur une mission pour l'ADEME. Le premier projet avec eux portait sur des foyers qui vivent en pratiquant le zéro-déchet. On avait réalisé une enquête à base d'entretiens et d'observations. Ça correspondait beaucoup à une démarche de recherche qualitative. La mission que je prépare actuellement pour l'ADEME porte sur la modération de la production et de la consommation, ce qu'on appelle la sobriété. Ce projet relève plus de la recherche documentaire et bibliographique. L'idée est de creuser les différentes approches de la sobriété qui se sont récemment développées. On réalise aussi des entretiens avec des acteurs économiques et des représentants d'associations, des acteurs au sein de l'ADEME, qui œuvrent pour appliquer ce principe de sobriété. C'est intéressant, parce que la démarche du projet est plus politique, puisque ça vise à informer comment l'agence peut se positionner pour encourager ces politiques de sobriété. 

  • Pour plus d'informations : https://www.ademe.fr/bien-vivre-zero-dechet

  • http://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/429d7rrecg9h8qm63vgo3v8af0/export/cv/Mourad-Marie-resume.pdf

  • https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652616301536

Esther Cyna, Chercheuse, New York-Paris (USA / France) - Novembre 2018


J'ai rencontré Esther pendant nos années lyonnaises à l'ENS. Elle est devenue ce repère familier en terre américaine, lorsque j'ai commencé ma thèse de doctorat à New York. Les discussions avec elle, et avec notre amie commune Nora, ont constitué de véritables moments de salut. J'ai trouvé en elles des camarades assez généreuses pour répondre à mes interrogations intellectuelles et pratiques, et assez originales pour s'embarquer sans trop hésiter dans des explorations joyeuses, quasi-anthropologiques, de l'American way of life. C'est avec cette générosité et cette originalité qu'Esther nourrit son travail de recherche sur les questions de ségrégation scolaire, à l'université de Columbia. Si elle consacre la majeure partie de son temps à approcher ces questions via l'angle de l'histoire et du droit, elle s'engage aussi, en parallèle, en tant que bénévole dans le cadre d'un programme d'enseignement pour les femmes d'une des prisons de Rikers, à New York. 

  • MM : Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être chercheuse ?

  • EC : La recherche comme métier, ça a été un peu de fil en aiguille, en fonction de mon parcours. Et j'avais aussi une soif d'indépendance, c'est ce que j'aime le plus dans la recherche, même si c'est bourré de codes et d'inerties. Ça reste quand même un milieu difficile, et je ne sais pas encore si je parviendrai à accéder à ce métier. Peut-être que je devrai me reconvertir un jour, mais le but pour le moment, c'est de me plonger dans la recherche.

  • Mon bénévolat avec la prison de Rikers a débuté quand j'ai commencé mon PhD à l'université de Columbia, à Teacher's College, pendant l'été 2015. Une des parties de notre cursus, dans le cadre des études doctorales, c'est d'assister à des conférences. En Mars 2016, quelques mois après mon arrivée, j'assistais à une conférence d'Histoire. Il y avait un panel sur l'histoire d'une prison, et la particularité de ce panel, c'était qu'il était en visioconférence, parce que les trois intervenantes étaient incarcérées dans une prison de sécurité maximale de l'Indiana, pour des peines longues allant de 20 à 25 ans. Après le panel, beaucoup de personnes ont interrogé leur professeure, qui facilitait le panel depuis le lieu de la conférence dans le New Jersey, sur les raisons qui l'ont portée à s'investir dans l'enseignement en milieu carcéral. Elle a encouragé tout le monde à s'engager auprès de programmes de bénévolat dans des prisons locales. C'est comme ça que je suis tombée sur le People's Education Initiative, un groupe de jeunes bénévoles qui travaille avec la prison de Rikers, sur Rikers Island. Il y a neuf prisons sur l'île, dont une prison pour femmes. Les bénévoles donnent des cours du soir, de sept à neuf heures du soir. Je les ai contactés, j'ai passé un entretien, et j'ai commencé quelques mois plus tard, en Mai 2016.

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace - topographique, imaginaire - juste ?

  • EC : Le but de l'organisation pour laquelle je suis bénévole, c'est de créer un espace juste à l'intérieur de la prison, qui est l'un des espaces les plus injustes auxquels tu puisses penser. Certes, la salle de classe au sein de la prison, c'est un espace à part, dans lequel tu peux parler librement par exemple. Les femmes ont l'air plutôt à l'aise, le style d'enseignement est moins hiérarchique. Mais on est loin de créer un espace juste, ce serait trop prétentieux de la part des bénévoles de croire ça. Je pense juste au privilège que j'ai, de pouvoir porter les vêtements que je veux, alors que les femmes sont toutes en habits de prison. Ça c'est déjà une forme d'injustice. C'est une certaine violence, surtout que les étudiantes savent que tu rentres chez toi après. Souvent, elles me posent des questions : quel temps il fait dehors, est-ce qu'il fait froid, est-ce qu'il fait chaud, est-ce qu'il a plu, est-ce qu'il a neigé ?

  • C'est vrai que si on fait le bilan, la situation s'est un peu améliorée. Il suffit juste de penser à comment les médias et le discours populaire s'intéressent bien plus aux conditions de vie dans les prisons. On peut penser à la popularité de la série "Orange is the New Black", ou au livre The New Jim Crow. Ça aide à changer les choses. Les gens ont plus envie d'être bénévoles, par exemple. 

  • Mais il y a encore de nombreux dérapages. Certains programmes de bénévolat, notamment avec de jeunes étudiants de licence universitaire, consistent à venir parfois seulement une fois assister à un cours donné en prison. Ça relève presque du voyeurisme, sans contribution aucune. Ça s'est calmé, la prison a depuis peu mis un terme au programme qui délivre des ID temporaires. Si tu veux entrer dans la prison, tu dois faire preuve d'un minimum d'engagement sur le long terme. Et cette prison reste un lieu très violent. Les gardes ont par exemple recours de manière très récurrente au use of force, dans presque chacune de leurs interactions avec les femmes incarcérées. Même dans leur manière de s'adresser à elles, la violence est là. En outre, la specificité de Rikers, c'est que c'est une jail qui se trouve dans la ville, pour que les personnes incarcérées aient accès au tribunal où leur jugement a lieu. Une fois qu'elles sont condamnées, elles ne vont pas rester là. Elles vont être transférées vers upstate New York. Ce sont principalement des endroits ruraux, totalement isolés, et en général, si tu regardes les statistiques, ce sont de petites villes rurales blanches. Les gardes sont blancs, et les personnes incarcérées sont principalement issues de minorités. La prison est comme une sorte de labor program pour les habitants pauvres de ces petites villes rurales. Soit tu es gardien de prison, soit tu travailles dans les entrepôts d'Amazon ! Et ces prisons-là ne bénéficient pas de réseaux locaux de bénévolat, ce qui est terrible pour des personnes qui se retrouvent coincées là pour 20, 25 ans. 

  • La séparation entre Rikers Island et le reste de la ville, j'y pense surtout quand je me rends à l'aéroport de LaGuardia, qui se trouve juste à côté. Personne ne s'imagine, en se rendant à cet aéroport, que la prison est tout près. D'ailleurs, une des caractéristiques de la prison de Rikers, c'est qu'elle est mal cartographiée. Les distances ont l'air plus grandes sur une carte de métro par exemple. Or, quand tu atterris à New York, tu la vois tellement proche. 

  • La première fois que j'y suis allée, j'avais le sentiment de me rendre dans un lieu mythologique. La porte qui s'ouvre, les bruits, la lumière particulière. Mais quand tu t'y rends régulièrement, ça devient une routine. Tu t'y rends en prenant un bus de la MTA, l'agence de transport de la ville de New York. Un seul bus se rend sur l'île. À moins de travailler pour la prison, ou d'être bénévole constant depuis des années, comme les prêtres, tu dois garer ta voiture dans le Queens, avant le grand pont qui relie le Queens à Rikers. Donc quoi qu'il arrive, tu prends le bus. Même les personnes véhiculées qui viennent rendre visite à leurs proches doivent payer la MTA 2,75 $, à l'aller puis au retour. Ce n'est pas rien. Tu en es à plus de 5 $ pour aller voir quelqu'un qui est incarcéré en prison. Dans le bus, c'est intéressant, parce que les conducteurs mettent de la musique à fond. C'est un contraste marrant, ça met les gens de bonne humeur. Le bus te dépose devant l'une des neuf prisons auxquelles tu dois te rendre. Dans mon cas, c'est la prison Rosie's, un surnom pour le Rosie M. Singer Center. Un détail qui te fait sentir que tu es dans un monde différent, ce sont les lignes au sol une fois que tu as passé ce dernier contrôle de sécurité. Ce sont des lignes que doivent suivre les bénévoles et employés lorsqu'ils marchent dans les couloirs de la prison. Ça contraste tellement avec le reste de New York, qui compte aussi tellement de lignes au sol, mais où tout le monde s'en moque. 

  • MM : De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • EC : On a toutes les deux eu un parcours similaire, le classique prépa - ENS - agreg. La première fois que j'ai commencé la recherche, c'était pendant mon M1, j'étais à l'étranger cette année-là. C'était hyper solitaire, même si j'ai adoré l'enseignement que je faisais à côté. J'ai fait ma recherche, écrit le truc, et l'ai rendu à la fin de l'année. Ce qui a changé depuis, c'est que je m'intéresse beaucoup plus à ce que font les autres chercheurs. Je lis leurs travaux, je dialogue avec eux. Par exemple, avec notre amie commune, Nora Nafaa, on dialogue beaucoup, on lit nos travaux de recherche respectifs. Je m'intéresse vraiment à la manière dont elle voit les choses, en géographe.

  • Tu es obligé de dialoguer quand tu fais de la recherche. Sinon, c'est comme si tout le monde était en train de travailler sur un vague édifice, et que toi tu débarquais, et que tu posais un cube tout seul à trois kilomètres de là. Tout le monde s'en moquerait ! Si tu n'arrives pas à rendre ton cube pertinent pour le reste de l'édifice, ça ne sert à rien. La communauté de chercheurs, ça compte. 

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • EC : Trois modèles me viennent en tête : mes deux grands-mères et ma mère. Ma grand-mère paternelle est née en 1923, et elle a travaillé, chose qui ne se faisait pas du tout à l'époque dans son milieu. Son père était patron d'usine, elle aurait pu ne pas travailler. Mais avec la guerre, les choses se sont passées différemment. Et puis sa propre mère lui a enjoint de travailler, pour qu'elle soit indépendante. C'est aussi le cas de ma grand-mère maternelle, qui a pourtant vécu dans des conditions complètement différentes au Vietnâm. Elle venait de façon un peu indirecte d'une famille impériale, et elle aussi a travaillé. Elle a fait des études, puis est devenue gynécologue. L'idée qu'il faut travailler, trouver son filon, c'était acquis. Quant à ma mère, qui est médecin, son style de travail, quand elle est dans une salle avec ses patients, c'est comme ça que je m'imagine avec mes élèves. Visuellement, personne ne te regarde, ne te demande de retours à la fin de la journée. Tu fais ton cours comme tu mènes ta consultation. Et ça, j'aime beaucoup. Et puis, tu acquiers une expertise particulière, je trouve ça génial. 

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • EC : J'ai commencé mon bénévolat à Rikers avec des cours d'arts plastiques. J'ai aussi donné des cours de français, un cours de droit, beaucoup de cours d'écriture, et là je suis revenue aux arts plastiques, par demande populaire. En général, j'arrive avec un thème prédéfini, par exemple l'art du portrait dans le style de l'Égypte antique. Mais je laisse toujours la porte ouverte à l'improvisation, et si les étudiantes veulent écrire des cartes à leurs enfants, on fait ça. 

  • Les profils des personnes qui assistent au cours varient, mais il y a des constantes. Souvent, ce qui va beaucoup jouer, c'est si la personne a eu une bonne expérience de l'école quand elle était enfant. Le dénominateur commun, c'est aussi la pauvreté. Il y a beaucoup de gens qui viennent des mêmes quartiers à New York. Personne ne vient ni de l'Upper West Side, ni même de Manhattan. Brooklyn est surreprésentée, clairement. Beaucoup viennent de Bayridge. Du point de vue du profil ethno-racial, c'est plus divers que ce à quoi je m'attendais. C'est peut-être un biais de qui choisit de venir au cours. En termes d'offenses, c'est souvent lié à la drogue mais pas que. C'est un mix de beaucoup de choses, mais je ne cherche pas à savoir ce que les gens ont fait. Un autre dénominateur commun, c'est que tout le monde prend des médicaments, pour des raisons psychiatriques. Quand tu es dans la prison, tu ne peux pas te déplacer librement. Comme c'est une grande prison à étages, elles dorment dans de grands gymnases sans cellules, situés upstairs, avec plusieurs lits qui ne sont pas séparés par des murs. Ça ressemble à des films de la Première Guerre Mondiale, comme les tentes-hôpital. Du coup, un des stratagèmes pour celles qui connaissent bien la prison, c'est de dire qu'elles doivent aller prendre leurs médicaments. Elles se rendent à la pharmacie, prennent leurs médicaments, et peuvent se rendre juste à côté, à l'école, qui est le seul endroit de la prison avec la pharmacie, où elles sont libres de se déplacer sans escorte. Tu vois du coup chez beaucoup d'entre elles, au bout d'une trentaine de minutes, les effets des médicaments qu'elles viennent de prendre. 

  • La plupart des gens pensent qu'être en prison ça équivaut à des moments d'introspection, seul face à toi-même, entre quatre murs. Pouvoir réfléchir à ce que tu as fait en gros. Mais à Rikers, il n'y a pas une seule seconde de silence, il y a toujours des gens qui crient, rigolent ou parlent. Ils n'y a jamais de moment où les gens peuvent se concentrer ou avoir un moment de calme, sauf s'ils se rendent au service religieux, ou à certains groupes de réflexion ou d'anger management

  • Pour plus d'informations : http://nypei.org

Nora Poggi, Documentariste, New York-Paris (USA / France) - Janvier 2018

J'ai croisé Nora grâce à une amie commune, lorsqu'on habitait toutes les trois dans la baie de San Francisco. Au-delà du répit trouvé dans cette amitié francophone joyeusement créée dans les rues de la Bay Area, il y a aussi une passion commune pour le monde de la tech et les espaces qu'il façonne. Que ce soit la manière dont il remodèle les paysages résidentiels, rend obsolètes certains modèles classiques d'économie urbaine, ou redistribue les cartes de l'égalité homme-femme en entreprise, c'est assurément un monde sur lequel on a envie de porter un regard critique. C'est ce que Nora s'est attachée à faire depuis quelques temps maintenant, pendant ses années sur les bancs de Sciences Po, ses séjours de travail dans les open spaces de la Silicon Valley, et puis avec sa caméra, en réalisant le documentaire "She Started It" en 2013. Ce documentaire suit le parcours de plusieurs femmes fondatrices de startups, et interroge la façon dont les femmes renouvellent les codes de ce milieu jusqu'ici longtemps resté très masculin. En janvier, on a bravé le froid typique du rude hiver de la côte est, et on s'est retrouvées vers Uptown pour réaliser cet entretien.

  • MM: Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être documentariste ?

  • NP: J'ai toujours voulu faire des films, mais je n'ai jamais pensé que je pouvais. Quand on est en France, c'est vraiment un cadre assez spécifique : tu vas dans l'école qui t'amène à tel job. J'étais vraiment restée dans le parcours classique. J'avais dit que je voulais être journaliste, je voulais aller à Sciences Po. Je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire mais je m'étais fixée là-dessus. Même si les films c'était vraiment ce qui me passionnait, ça me paraissait complètement hors de portée. Ensuite, quand je suis arrivée à Sciences Po, je me suis retrouvée de nouveau à graviter autour de sujets plus média. Puis je suis partie un an en Floride, ça a été un moment charnière. Je savais que je voulais travailler dans la création de contenu. J'ai fait un stage dans la prod, ensuite mon but c'était absolument de bosser pour Canal+. Tout le monde voulait bosser à Canal+... J'ai finalement atterri chez Viadeo : ils m'ont prise en apprentissage, j'allais être payée, et ils prenaient en charge mes frais de scolarité. Une autre raison qui m'a aidée à me décider, c'est qu'ils avaient un bureau à San Francisco. Mon rôle, c'était évangéliste dans la Silicon Valley, pour mieux faire connaître Viadeo au public américain. J'ai rencontré plein de gens dans le milieu du web, j'ai appris sur le tas. Par la suite, j'ai voulu rester. Je prenais des cours d'écriture de pièces de théâtre, complètement au hasard, et j'ai trouvé un boulot grâce à ça. Non payé, mais je venais d'avoir un accident de moto, et l'argent de l'assurance allait me permettre de rester. Grâce à ce boulot, je pouvais assister à plusieurs tournages. Et puis à côté, je me suis mise à faire du journalisme chez Examiner.com, ce qui m'a donné une carte de presse. C'est grâce à ça que j'ai fait tout mon réseau. Je me suis mise à faire des interviews avec mon téléphone, je mettais des trucs sur Youtube, parce que j'essayais de construire mon portfolio. Et puis un jour, j'ai assisté à cet évènement, Women 2.0, je me souviens c'était le 14 février 2013, suivi par SXSW en mars, et ça a tout changé. C'est là que j'ai rencontré ma co-fondatrice, Insiyah Saeed. Mon visa me permettait de rester encore deux mois sur place, et je me suis dit que pendant ce laps de temps, j'allais faire des interviews de femmes entrepreneures pour le journal dont j'étais contributrice. Et puis une de mes interviewées m'a suggéré de faire plutôt un documentaire, à la "Startup Kids".

  • MM: Pour vous, à quoi ressemble un espace - topographique, imaginaire - juste ?

  • NP: Je pense que j'aborderais ça en parlant de la justice sociale dans les banlieues. Une de mes meilleures amies à Sciences Po venait des conventions ZEP. Ça m'a ouvert les yeux sur des trucs que je ne connaissais pas forcément, j'ai passé beaucoup de temps dans les banlieues, et j'ai appris grâce à ça ce qui pouvait y être important. L'importance de désenclaver. La banlieue où vit ma copine Fatou, à Colombes (92), c'est hyper facile d'y aller maintenant, parce qu'il y a un tram qui te relie au RER, j'y vais sans problème. Mais ça reste encore compliqué, ils bossent avec des bouts de ficelle. Fatou est d'ailleurs une de mes sources d'inspiration, là je suis en train de faire un film sur elle, et sur l'association qu'elle a créée sur place pour créer du lien social, pour que les jeunes soient connectés, pour qu'ils se rencontrent. Côté US, il y a beaucoup d'espaces de création ou de travail en ville, dédiés aux femmes, et ça change beaucoup de Paris, où il y a encore très peu d'initiatives de ce type, à part peut-être Simplon qui était basé à l'époque à Montreuil. Et ça rejoint mon point sur les banlieues, tu sais, il y a une étude qui explique que si tu investis sur les femmes, elles vont en général réinvestir ça à 90 % dans leur communauté. Il faudrait penser à tout ça un peu comme ils font chez Hack the Hood.

  • MM: De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • NP: Je dirais qu'au début, c'était vraiment la chance du débutant, tu ne sais pas vraiment quels sont les obstacles, tu y vas, tu enfonces des portes. Maintenant, je dirais qu'avec l'expérience vient un peu plus de crainte, c'est-à-dire que je sais ce vers quoi il faut tendre, je sais quels sont les standards. Ça rajoute de la pression, là où j'aurais aimé avoir un peu du je-m'en-foutisme des débuts. En même temps, la partie politique, l'accès à une communauté, c'est aussi l'avantage d'avoir plus de connaissances. À force d'aller à SXSW, à Sundance, à rejoindre des groupes, je me dis que ma vie aurait été bien plus facile si j'avais rejoint ces communautés, cette sisterhood. Tu peux demander conseil sur tout, sur tes contrats... c'est un monde qui s'ouvre.

  • MM: Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • NP: Hermione Way. Elle a été formatrice, et je voulais vraiment être comme elle, une entrepreneure du web, média journaliste, elle était tout ça à la fois, à un moment où ça n'était pas encore très à la mode. Je l'admirais énormément, et quand j'ai pu la rencontrer elle m'a encouragée à faire mon film.

  • Et puis tout plein d'autres femmes. On a cette combativité, on est faites pour être entrepreneures. Quand tu vois la vie d'une femme, c'est vraiment un combat de A à Z.

  • MM: Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • NP: Je travaille sur deux projets. Le premier consiste à faire une série à partir du documentaire "She Started It", qui suit cinq femmes. À chaque projection que je fais du documentaire, on me demande d'en montrer plus. Il y a une demande pour ce contenu, donc je souhaite étendre ça en une série documentaire, par épisodes, pour suivre plus de femmes. Je suis en train de préparer le pitch de ce projet pour me mettre à la quête de financements, de moyens de distribution et de partenariats. Je suis de nouveau dans la phase entrepreneuriat, pas le choix.

  • À côté de ça, je compte réaliser plus de short films, après une longue coupure d'un an. Et le premier projet en lien avec ça, c'est mon documentaire sur mon amie Fatou, et son action sur sa ville. Je suis passionnée par ce sujet, celui de l'engagement civique en banlieue. Parce qu'il y a toute la dimension de cet engagement qui se déploie au quotidien. Et parce que ce sujet est tellement caricaturé qu'il faut absolument faire quelque chose. Il y a aussi le côté "femme en politique" qui m'intéresse. Et puis, on avait déjà collaboré ensemble. Pendant nos années à Sciences Po, on avait fait un mini-documentaire sur les présidentielles de 2007 et les banlieues. À ce moment-là, je m'étais dit que c'était le genre de personne sur qui il allait falloir que je mette la lumière. Par contre, ça reste très compliqué de filmer dans la ville, les gens n'aiment pas du tout les caméras, parce qu'il ont l'habitude d'être mal représentés. Mais ce qui m'aide à établir un lien de confiance, c'est mon amitié avec Fatou. Donc je dois finir ce court-métrage... et puis je pense de plus en plus à l'utiliser comme prototype pour faire évoluer ma manière de filmer sur ce projet, un peu comme ce qui a été fait avec le projet YouTube "Toi-même tu Filmes".

  • Pour plus d'informations :  http://www.shestarteditfilm.com/

 
 
 
Mai Lê Hô, Dance Performer, Arts Educator, New York (USA) - August 2017

Mai Lê Hô is a dance performer, arts educator, and choreographer based in New York City. Originally from Paris, she currently runs the Mayor's Office program It's Showtime NYC! to help street and subway dancers access more performance spaces in the city. The program is organized by Dancing in the Streets, a South Bronx nonprofit which has been advocating on behalf of dance performers since 1984. Mai Lê teaches and performs in New York. She also does so across the United States and Europe. When she is not busy training with the legendary hip hop company Rennie Harris PureMovement, she also plays with numbers and administers fundraising and budgeting for It's Showtime NYC! We met one sunny morning near Union Square, while Mai Lê was running from one practice session to another in order to prepare the Crossing the Line Festival, later held in September and curating the collaborative work of the street dancers and Congolese artist Faustin Linyekula.

  • MM: How and when did you decide you wanted to be a dance performer and arts educator?

  • MH: I was passionate about dance since I was very little. I was doing it on and off for many years. I was born in Paris. My family quickly moved to the Parisian suburbs of Essonne. After that, my Mom and I lived in Nantes and Grenoble. And then we went back to the suburbs of Paris. It all started with a Michael Jackson VHS I got when I was 8. When I was 11, my Mom got us a TV cable subscription. I kept watching MTV videos, and tried to imitate them. I found them so stylish. My Mom tried to make me take several dance classes and I quickly liked it. My older brother was into hip hop music and made me listen to a lot of artists. There was also this annual festival in Paris, Les Rencontres de la Villette, which I started to attend when I was 13. I was in awe with what street dance companies would do on stage. I loved how people introduced us to their universe on stage, with the lighting, music, spacing and costumes. Soon after, I started attending hip hop battles. They're weekly and they take place in several places around Paris. That's how you enter the local hip hop world.

  • I think I started to do it seriously when I was about 18. I only started to picture a potential career in it while I was getting a business degree in Paris, at 23. I was able to take a gap year and travel. The first logical move was Asia: I'm half Vietnamese and have a lot of contacts there. But it ended up being in New York, when I started working for a trading finance company.

  • After my work day, I would dig deep into the culture and go to dance practice sessions, classes, clubs. A lot. I just wanted to take in as much as possible. The culture has travelled around the world but you can only grasp a portion of it. You can talk about dance moves, dates and names, but you cannot have the people feel what it's supposed to feel like. I went to classes taught by people who have a solid reputation in the hip hop milieu, and I would ask them: where should I go? Who should I talk to? That's how I built my network. After that, I had to go back to France, but I kept thinking about New York. That's where my heart was. I also started my career change and focused more specifically on dance. I loved math, and numbers, but it was not my calling. It was a long road full of doubts, I felt like I would have to start from scratch again. It was a bit scary and I knew that it represented a risk for me, for my family.

  • MM: What would be a just space/city for you ?

  • MH: In my dream city, there are people from everywhere. We relate to one another as we celebrate our differences. We don't try to bury our past and we build a better future with that. Probably a greener place too, and a place where art is integrated in our daily lives. We can literally see it as soon as we walk out the door.

  • MM: In what way has your practice evolved over time?

  • MH: I use both my body and mind as a tool of knowledge and experiment. It's a balance. I feel that all the fields I'm passionate about are progressively all coming together into this one project. Numbers, dance, event planning. New York forces you to pull out hats you did not even know you had, given the financial difficulties of living here. You babysit, you teach French classes, you become a waitress: you pull out all your strings in order to always stay alert. I see that with our dancers. They struggle with money everyday. Some of them even struggle with food. A few of them are homeless, living in shelters. In class, we play this game where we round up in a circle and the person in the middle has to say something true about themselves - if others in the circle share the same feature, they have to switch spots. One day, I remember somebody saying they had been homeless at one point in their life. So many people switched spots in the circle. Even though most of them are not in this situation right now, they've been through that at some point.

  • MM: What/who is your biggest source of inspiration?

  • MH: My boss, Simon Dove, is amazing. I hope more people like him continue to support the culture, because he's connected with the larger dance field and he advocates hard for hip hop to be recognized. He also tries to program more social practice events - meaning dance performances that involve local communities. Right now he's co-curating the Crossing the Line festival, which takes place all around New York, has a lot of exposure, partners with the Met and is covered by the New York Times. And he insisted on including a piece with It's Showtime NYC! I hope that more theater programmers, journalists, or festival planners do that for hip hop.

  • I also look up to the dancers. I would add to that all the pioneers of the field, like MOPTOP or Elite Force Crew, who were responsible for spreading hip hop and house dance around the world.

  • In France, I was part of a nonprofit called Union des Jeunes Vietnâmiens de France and we used to do a lot of volunteer work linked to the culture of Vietnâm. This taught me how to give back to the community.

  • I'm also inspired by cities, like Detroit and Philadelphia. The music there shapes the way dance is made. What is it about Detroit music that makes it so specific? Once you see the city, once you meet the people, you start understanding why it sounds like that. I think it's all connected, the shape of the city, the sounds that are produced there, the music that comes out of it.

  • MM: Can you tell me more about the current project you are engaged in?

  • MH: It's Showtime NYC! was launched about two years ago and I started working there In July 2016. The program celebrates NYC street dance culture and provides professional development opportunities for street and subway dancers. The main focus was to try and get dancers off the subway because it's illegal, here in New York, and they get arrested. Last year, 300 dancers got arrested. A lot of them are minorities, in their early twenties. The Mayor's Office reached out to Dancing in the Streets, and asked us to put together the program to help dancers. Dancing in the Streets did not originally focus on hip hop, but Aviva Davidson, the previous director, really loved it and started integrating it into our programming.

  • The MTA police gives out our business cards to subway dancers. They start coming in to our rehearsals, every Wednesday at the Mark Morris Dance Center, in Brooklyn. That's when dancers create their own pieces. They also perform at Battery Park every other week. They call it hitting: they hit and ask for donations from the crowd. We got the Parks Department and police precinct sound permits. So far, that's the only place that gave us the right to perform. We're always searching for more places. Through our dance connections, performances and gigs are often proposed to our dancers. Last year, they performed at the Madison Square Park Kids Festival, and they'll soon perform there again. The Bronx Museum, the Museo del Barrio, the Children's Aid Society are also good partners. The Bronx Coworking in the BID is a great partner too. They try to connect us with neighborhood entities. When the neighborhood church throws a party, dancers will be performing.

  • It all started with only 10 dancers, and now they're 30. They get a salary when they perform. They're all between 17 and 26 years old. Most of them are from the Bronx, and the rest is based in Brooklyn, Harlem and New Jersey. Twenty-nine men for only one woman. We're working on that balance! Whoever wants to join is welcome. The sole limitation is that our funding stays the same, se we have to restrict ourselves all the time so that we can still fund activities. We're also constantly looking for additional sources of revenues, partners, benefactors. We now have some extra funding from the Department of Cultural Affairs and the Shelley & Donald Rubin Foundation. In addition to that, we're not sure about the amount of funding we'll get from one year to the other. We'll know this month how much funding we get for 2018. And with mayoral elections coming up, we know even less what to expect. Dance is always at the bottom of the ladder - even more so hip hop. We are launching a Kickstarter campaign, looking for media companies to partner with. We are also setting up a partnership with AirBnB experience. Starting this Fall, they will offer tours of the South Bronx as the birth place of hip hop. We would sell a dance class and a tour of the South Bronx hip hop highlights such as the area where DJ Kool Herc, the father of hip hop, used to live. We are also partnering with three organizations in order to have our dancers teach classes. We recently developed three training programs that last a few months: dance teaching, media production, and event management. Through jam sessions, we also help partners organize events. In early June, Marlon 'Quest', one of our dancers, put everything together for an event held by EXPG. Aviva helped him with forms and timeline and he organized the rest. We invited the local community and dancers. It's a good way for us to recruit dancers and create community.

  • For more information :  www.mailegrooves.com, itsshowtime.nyc, www.dancinginthestreets.org, crossingthelinefestival.org/2017

 
 
 
 
Laila Gohar, Food Designer, New York (USA) - June 2017

 

Laila Gohar is a food designer based in New York. We met at the enchanting McNally Jackson, SoHo's most bustling independent bookstore. She was wearing bright elegant clothes and red lipstick that made her words even more tangible and solid as she spoke to me. She carried an artisanal basket, as colourful as the five-colors-a-day meals she ate growing up in her Egyptian home, and which she still advocates for. As she told me about her experience, her voice was calm, poised and engaging, despite the loud conversations around us in the bookstore's café. We talked food and eating experiences as a tool to bring people and cultures together. We also talked about edible platforms and multisensory artistic happenings as magnets for better communication. Together, we tried to discuss what urban settings can literally bring to that table.

  • MM: How and when did you decide you wanted to be a food designer?

  • LG: I struggle a little bit with the label. I don't really know what to call myself. I guess food designer is OK. I don't consider myself a chef, although I've done that kind of work in the past. I was born in Cairo, Egypt and I was raised there. About ten or eleven years ago I moved to Florida for school. I had never been in the US before, and had no family there. The closest person I knew was my aunt who lived in London. I was 19 or 18 years old. I went to school but always worked in food because that's how I knew how to make money, working in restaurants, baking, catering, dishwashing. I never thought I wanted to study food. I just thought I would study something more academic, even though food was how I made money, and what I enjoyed doing. Since then, my work evolved. Initially, I was more in the media world, and with time, I started to embrace that this is what I enjoy, not necessarily linked to what I had studied. I studied culture, international relations, journalism, and new media. I have a Master's degree in new media, and did a lot of mapping, as well as courses about private-public space. I would go to these classes, and when it was time for a project or a thesis, it would always be about food. I was fighting that for whatever reason, and after a while, I started to embrace it. I did not want to be a chef in a restaurant, my dream wasn't that. It became that dialogue with myself. How is it that I want to work with food in a way that makes sense to me? Now, there are programs to study food design, but when I was in school, there was no such thing. It was not like an aspiration I had. It was more like this living, kind of breathing thing. 

  • MM: What would be a just space/city for you ?

  • LG: I think that's utopia! I don't know that I can think of one city like that. But in different capacities, I think there are things that attract me to different cities for different reasons. I was just in Mexico City for the first time a couple of months ago and I found that it's really exciting there at the moment. There is a really large population of young professionals that are doing interesting things. There is a lot of momentum and energy there now. I think there's a lot of space in the city, even though obviously it's really crowded and dense. There are still large spaces that are somehow affordable so that people can move there and work. It's more affordable then many places comparatively, so it allows for a little bit of exploration and trying things and seeing how it works, collaborating. In New York it's a little bit more restrictive because you can't really afford to improvise. You have to have a plan, because that's how you make money, and then that's how you pay your high rent and live. In Mexico City, I met people and all of them were involved in several different projects, so I think it's an exciting time and moment there for that reason. That being said, I wouldn't call it a just city, because of its obvious problems. I think it's more moments in time in a city that attract me to it. I couldn't imagine being in one city. New York is the longest I've been in one place I guess, beside from when I was a child. After a while, you need to shed the skin. 

  • MM: In what way has your practice evolved over time?

  • LG: Oh it evolved so much! When I first started, it was more on the side of my regular job. Then I started catering on the side, just because I enjoyed it. For a while, I continued that way because I was becoming less dependent on my job income, now it is my primary source of income. Later, I did not want to do the catering anymore and I was figuring out how to do what makes most sense to me. I tried to make it so I would not have to be working in an artist studio and in a restaurant at night. I did not want that dynamic. Then I started focusing on the projects I'm currently doing, with less catering. Eventually, my goal was to grow in that direction. Over the last two years, I've done a lot more of that, and I don't cater anymore. I have more time to do all the happenings, events and projects I'm involved in right now. And whenever I have free time, I won't be catering but focusing on more of these projects.

  • MM: What/who is your biggest source of inspiration?

  • LG: My Dad is really an extraordinary person. He thinks in a different way, and he really engrained that in us. A lot of the ways that me and my siblings were brought up are shaped by the fact that he has these values that he passed onto us. My Mom was great too, but he was really particular and had a very special way of thinking. And then in my everyday life, I'm inspired by a lot of people. I meet someone and I find them amazing. Recently, I met Thomas Lauderdale, the founder of the band Pink Martini. I sang with them yesterday on stage. He went to Harvard, has a political science background and wanted to run for office. But he decided by this strange coincidence to form this band, and the idea was to appeal to all kinds of people. And to just perform and inject some joy in the political fundraisers. That's why they sing so many songs in different languages. I think that's so incredible to use music to that capacity. That's similar to the work my Dad did. He was a war photographer and a journalist. He would shoot pictures of the war, but he was always focused on conveying that after the war there would be peace. And he kept that in mind when shooting images, so that it wouldn't sort of inspire more war. Of course, it's photojournalism, you have to show the reality, but it doesn't cause more erosion between the people. Because no matter what, if we hate each other now, one day there will be peace. He felt really responsible to obviously show the truth and brutality of conflict, but remembered not to strip people of their pride. When I was born he stopped reporting on wars. He went on to become a journalist and did a lot of work about bridging civilizations in Egypt. Looking at how to maintain a sense of hope that one day there will be peace. I'm really interested in projects that do that, especially through art, music, dance. My dream is to start a project, maybe in Berlin - I don't know where would be the perfect place for it, but it would need to be a place hosting a lot of Syrian refugees. I would set up a large space that is somehow funded. And I would model it after a very primitive Syrian kitchen, with simple appliances, as an area where women could go, have access to a pantry that has basic bread, Syrian staples and ingredients and just be able to cook, hang out with their children, and do the things that they were doing at home. Without it being yet another standard Center for Syrian Refugees. It would be a free space to do what you used to do before

  • MM: Can you tell me more about the current project you are engaged in?

  • LG: Right now is a really busy time of year for me. On a commercial level, I work with a lot of fashion and design brands. I also like that kind of work because oftentimes I'll work in spaces that are exclusive, alienating and cold like museums, galleries, and I like bringing food into those situations, because I feel that, even though it's not democratizing anything, it's not including people who would not be included otherwise, it's a way to break the ice immediately. I tend to work with a lot of clients that are kind of uptight, but for me it's a good challenge to be able to do that kind of work. Right now, I'm working on a project with Comme des Garçons that I'm really excited about. I also work with technology companies. People at the events are always excited. When you first come in, sometimes they're a little bit intimidated to touch anything. And as soon as one person starts - sometimes I'll instigate it - people very quickly become open. I always like to use humour because I think it creates a really quick bond between people. If you're both walking into a white-wall gallery space you can be intimidated. You see some art on the wall, you don't really know what to say about it because you don't want to sound stupid. But then, there's this weird chocolate fountain and everyone is marvelling at this, and they start talking to each other. The curtain becomes lifted very quickly, they ask questions. People become children again, it allows for bonding and interaction and everything else. You're left with the impression of a shared moment. One and a half years ago, I worked for Zaha Hadid Architects' building that opened on the High Line, which is still not fully opened. I did a project for the opening of that space. We constructed a lot of things with the food, inspired by the materials she used for the buildings, following a very particular list of elements and shapes she uses. I work really closely with my sister, Malana. It's me and her at the core, and we have a really large network of freelancers that we draw in for each project. Lexie, a friend of mine, works with bread, and we often collaborate. We work with lots of people in all kinds of capacities: cooks, architects for set design and construction, carpenters, designers, production people. For each project, I build a special little team. It's never usually the same. I also noticed recently that I work a lot with women. It works well, even though I never thought about specifically hiring women. A lot of times it happens to be women. I don't know, maybe it creates a better atmosphere for this kind of work.

  • For more information : http://www.lailagohar.com/

 
 
 
Léa Donguy, Géographe-Urbaniste, Paris (France) - Avril 2017


Léa Donguy est doctorante en géographie de l'art au laboratoire Discontinuités EA2468 de l'université d'Artois. Elle travaille sous la direction d'Anne Volvey sur les rapports entre politiques territoriales et création artistique. Elle s'intéresse aux méthodologies impliquées et implicantes, à l'hybridation entre science et art (recherche-création), et à la marche comme objet, sujet, outil et média artistique à part entière. Elle a été co-fondatrice de l'association le Voyage Métropolitain, présenté comme un "laboratoire de médiation territoriale à échelle francilienne qui, par l'organisation d'explorations pédestres collectives, a pour objectif de contribuer activement à la construction d'un récit métropolitain commun et partagé" (levoyagemétropolitain.com). J'ai rencontré Léa sur les bancs du Lycée Chaptal, en Hypokhâgne. Nos années et galères partagées en Classe Préparatoire ont été particulièrement marquantes. C'est au contact de Léa que j'ai pu aiguiser mon répertoire de blagues, mon amour pour les musées parisiens, et un vital retour critique sur la formation reçue. Son imaginaire, son approche de la ville et de l'urbain, et sa passion pour l'art sont assez contagieux.

  • MM : Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être géographe-urbaniste ?

  • LD : Au sortir de la prépa, il faut se réorienter, avec les conseils plus ou moins avisés de nos professeurs. Je voulais faire de l'histoire de l'art. On m'a conseillé la géographie car il y avait plus de débouchés. J'ai fait les deux. J'avais été reçue à l'École du Louvre. En parallèle, j'ai commencé un cursus de Géographie et Aménagement, une des filières sélectives à Paris 1. Un autre poncif de l'élitisme : rentrer dans un cursus sélectif pour s'en sortir. J'ai pu faire six mois, et un choix s'est imposé à cette issue : ça a été la Géographie et l'Aménagement, de manière pragmatique. Je suis à présent doctorante. J'ai d'abord fait de la géographie environnementale et de l'écologie. En M1, mon mémoire portait sur les jeux d'acteurs en écologie industrielle et territoriale. Le sujet et le milieu étaient très masculins. En M2, j'ai dit ça suffit les réflexions qui ne sont pas les miennes et qui sont complètement éloignées de ce que je veux faire. Donc j'ai commencé à traiter de l'art dans l'espace public, avec un énorme rejet de la part des professeurs, qui estimaient que ce n'était pas un sujet d'urbanisme. Or ils font et défont la recherche. Ce qui fait que je me suis tournée vers la géographie culturelle et la géographie épistémologique. Je me suis donc rendue à Marseille pour traiter de ce sujet, au moment où elle était Capitale Européenne de la Culture. Forte de cette expérience marseillaise où je suis restée six ou sept mois sur place, j'ai eu des envies différentes, qui sortaient de l'académie. J'ai eu envie de monter un projet non artistique mais plutôt un projet de sensibilisation à l'espace et aux questions urbaines. Avec l'idée de dépasser certaines limites géographiques, urbaines, politiques, sociales, par la marche. De là est né le Voyage Métropolitain. La définition identitaire a été la mienne puis celle de la structure que j'étais en train de créer, pendant deux ans de construction. Puis est tombée l'offre de thèse. Ça a été un soulagement car plus de pression financière. Je pensais faire de la recherche réflexive et autoréflexive sur mon expérience de marche. Donc je n'ai pas quitté la géographie urbaine et l'urbanisme.

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace - topographique, imaginaire - juste ?

  • LD : Je pense que la question se pose avant tout pour les métropoles. C'est la réalité à laquelle on est confronté. Même si c'est une question d'espace juste, qui peut se poser à différentes échelles, c'est d'abord métropolitain - bien que ce soit une vraie problématique dans les espaces ruraux. Mais je ne suis pas forcément à même de répondre à cela. En milieu rural le précaire est isolé, contrairement aux espaces métropolitains où il y a confrontation entre poches de richesse et poches de pauvreté. À quelle échelle se lit l'espace juste? Un quartier peut être très juste parce qu'il repose sur des mécanismes d'approvisionnement et d'entraide qui permettent une certaine justice. Peut-on recréer ça à partir de rien ? Je ne crois pas. Je ne connais pas d'exemples où ça ait fonctionné quand c'était forcé. C'est un modèle qu'on ne peut pas imposer. Tout simplement parce que la justice spatiale en veulent seulement ceux qui sont dans le besoin, pas ceux qui ont les moyens. C'est ce qu'Éric Maurin explique dans Le ghetto français: enquête sur le séparatisme social (2004). Les barrières sont difficilement dépassables. La question de la justice spatiale s'est vraiment posée dans ma pratique dans le cadre du Voyage Métropolitain. On marche dans des espaces périphériques, à la fois géographiquement, mais aussi en tant que marges sociales. En termes de représentations, je sais très bien que je ne vais pas changer les choses mais je vais tout faire pour que ceux qui peuvent les changer soient sensibilisés. C'est un peu une forme de dénonciation sensible de ce qui se passe. Il s'agit de constater une réalité sans être misérabiliste, pour montrer que c'est un fonctionnement même s'il est fait de bric et de broc. Ce n'est pas un modèle, ce sont des logiques qui se voient, qui fonctionnent dans certains endroits et pas dans d'autres. Quelquefois j'ai l'impression que la justice spatiale est une question de théoriciens bien pensants. Je n'ai pas les clefs pour la mettre en œuvre. Il faut y aller en finesse, ce que ne font pas les acteurs de l'urbain à l'heure actuelle. Le problème aujourd'hui c'est qu'on est dans un urbanisme de modèles, assez utopique, qui ne correspond pas forcément à ce qui se passe. Beaucoup d'ateliers ont été mis en place, par exemple sur comment on construit un camp de réfugiés, comment il fonctionne, et dont on peut tirer des enseignements. Avec l'idée que les besoins ne sont pas les mêmes partout. On ne doit pas penser en fonction d'une égalité standardisée, mais à partir de besoins variés. Quelqu'un qui vit à Paris 11e n'a pas les mêmes besoins que quelqu'un qui vit à Aubervilliers. Ce serait donc un modèle davantage basé sur de l'équité que sur de l'égalité.

  • MM : De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • LD : Du très théorique (études), au très pratique (associatif), pour revenir au théorique (réflexivité qui se doit d'être plus aboutie pour que je sois plus pertinente dans ma pratique). Ces questions ont évolué. On est passé par une théorie traditionnelle, marquée par une école française de géographie à une pratique créée avec des rencontres, inscrite dans la tradition de la marche, que ce soit comme un outil d'urbanisme, un outil du géographe ou un média artistique. Cette théorie, je la construis autour d'une problématique qui elle est personnelle, subjective et assumée comme telle. Je m'affirme moi personnellement dans la théorie, c'est une approche nouvelle pour moi, non pas parce que je veux inventer une théorie toute nouvelle avec un néologisme que personne ne comprendra. L'idée, c'est de trouver ma posture et mon positionnement. C'est une forme d'émancipation par rapport à cette école traditionnelle pour aller vers un savoir spatial et scientifique qui peut être subjectif, de l'ordre de l'intime et du personnel. La question, c'est aussi de savoir en quoi le Voyage Métropolitain a modifié mon approche spatiale. C'est ce que je dois essayer de conscientiser maintenant pour être juste dans ma recherche. Ça a changé mon rapport à l'espace, qui était très zénithal, cartographique. Or, quand tu vois la diversité des contextes, la diversité des gens, tu dis que c'est de cette diversité-là qu'il faut partir. Du coup, de ce point de vue zénithal tu reviens à un point de vue pas forcément panoramique car encore trop dominant, mais beaucoup plus immergé. Je suis dans une démarche qui est peut-être moins cartographique, plus séquentielle, quasiment littéraire.

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • LD : C'est une succession de rencontres. Je pense à trois personnes avec qui j'ai été plus ou moins en contact.

  • La première rencontre qui a été déterminante, c'était avec une doctorante, Élise Olmedo. Elle est à Paris 1, en épistémologie de la géographie. En M2, je l'ai rencontrée, elle travaille sur les écritures du sensible en Géographie, pour renouveler les écritures traditionnelles de la science géographique. Elle m'a donné des contacts sur Marseille, avant mon départ. Pour moi, elle a une finesse dans son approche et son analyse. Elle sait faire preuve de pertinence et d'impertinence. Elle reste académique, mais sait très bien jouer des codes pour mieux les détourner.

  • C'est à Marseille que j'ai rencontré Jens Denissen. C'est avec lui que j'ai monté le Voyage Métropolitain. Ça a commencé comme une rencontre assez formelle pour parler de la marche. De retour à Paris, on s'est rendus compte du fait qu'il fallait qu'on marche tous les deux. Puis on a réalisé qu'il fallait que d'autres gens viennent avec nous. C'est avec lui que j'ai développé toute une réflexion sur la marche. C'est grâce à lui que je me suis lancée dans la pratique, moi qui avais très peur de le faire. Malheureusement on a eu des rapports compliqués. Du fait d'une très grande proximité on finit par heurter beaucoup. Ça s'est terminé. Il a quand même été marquant dans mon évolution.

  • Ma directrice de thèse, Anne Volvey, est la troisième personne qui m'a marquée. Elle est très pluridisciplinaire, à la croisée entre Géographie, Psychanalyse et Art. Elle est basée à Arras, et est directrice du Laboratoire Discontinuités. Elle m'a marquée pour plusieurs raisons. Lors d'un des séminaires d'Elise Olmedo, elle abordait la question de l'approche féministe dans la géographie anglophone, ce qui m'avait donné envie de lire ce qu'elle écrivait. Sa manière de traiter le savoir incarné m'a aidée à théoriser ma propre pratique du Voyage Métropolitain. Après avoir vu l'offre de thèse qu'elle avait postée, Elise Olmedo m'a encouragée à postuler. Elle a des clefs de lecture stimulantes pour penser l'espace. Elle me donne l'assurance dont j'ai besoin en tant que jeune chercheuse. J'ai plaisir à travailler avec elle. Elle marque ma manière de lire l'espace, de lire les œuvres d'art, d'interroger les gens. Elle m'incite à développer plus avant ce que je suis.

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • LD : Je suis actuellement en phase de deuil de ma pratique. C'est un moment qui peut être douloureux. C'est un projet que j'ai porté - parfois à bout de bras, pendant deux ans, avec une année en solitaire. J'ai fait appel à d'autres gens pour m'aider. Puis sur les six derniers mois, chez le Voyage Métropolitain, la pratique s'est mise à tirailler avec la thèse. Ce n'était pas possible de cumuler les deux. Il fallait en choisir un. J'ai choisi la thèse car c'était une activité professionnelle. Et comme je me lançais dans l'enseignement, il fallait que je puisse être à fond dedans, alors que c'est une activité où tu es lâché sans aide et sans filet. Je devais faire des cours de géographie culturelle, mettre en place ma pédagogie, mes supports d'évaluation toute seule. Il fallait être pleinement dans ces activités-là. En portant l’association seule pendant un an, j’ai dû me former sur le tas. J’ai été un peu submergée. Les rapports de subordination dans une association supposée collective et horizontale m’étaient insupportables. Il était hors de question d'être la petite main. Je me suis battue, j'ai lâché ces rapports de domination. Alors oui, cela peut inspirer d'autres espaces. On a tenté ça d'ailleurs, dans le cadre du Grenzgang Berlin ("le traverseur de Berlin"), pour les 25 ans de la chute du mur de Berlin. La marche est ici vue comme un outil de lecture du phénomène métropolitain. Et ça peut s'exporter ailleurs, sous d'autres formes. La clé, c'est davantage de penser à la marche plutôt qu'aux espaces métropolitains. Je continue à faire de la veille, et je continue à écrire sur la marche. C'est une préoccupation qui reste importante. C'est aussi une potentielle méthodologie d'entretien. Au-delà d'une posture, c'est aussi deux ans d'immersion sur mon terrain que je vais devoir conscientiser pour la thèse. 

 
 
 
Aïssatou Talla, Directrice Pédagogique, Dakar (Sénégal) - Décembre 2016


Aïssatou Talla est une Directrice pédagogique basée à Dakar. Durant l'été 2011, j'ai pu travailler dans l'un des établissements scolaires dont elle a été la fondatrice au Sénégal. Durant mon expérience au Collège Bilingue de Dakar, j'ai été formée à l'évaluation de projets pédagogiques annuels, à la préparation de candidatures UNESCO pour écoles vertes, à la gestion de cours d'Histoire-Géo pour collégiens, et - nec plus ultra - à l'organisation de goûters de spectacles de fin d'année. C'est aussi - et surtout - sur le plan humain et éthique que Mme Talla m'a pour longtemps marquée. Mon séjour au Sénégal a été magnifié par les longues conversations que nous avons eues, les multiples leçons de vie qu'elle m'a prodiguées, et l'élégance avec laquelle elle assume ses fonctions. C'est sa signature de femme remarquable que portent les différents établissements scolaires qu'elle a fait naître dans divers quartiers de la capitale du Sénégal - et désormais, pour le bonheur d'autres jeunes écoliers, futurs citoyens du monde, ailleurs en Afrique de l'Ouest.

 

  • MM : Comment et quand avez-vous su ce que vous vouliez exercer comme métier ?

  • AT : En réalité ce n’est pas là mon métier à l’origine. Au début de ma carrière professionnelle, j’étais auditeur interne, en charge d'aider des entreprises à atteindre leurs objectifs en évaluant méthodiquement les mécanismes de gestion et de contrôle d'opérations, pour les rendre plus efficaces. C’est un concours de circonstances qui m’a fait changer. Une très bonne amie voulait rentrer au Sénégal et faire suivre à sa fille une scolarité bilingue comme elle le faisait en France. En cherchant pour elle une école, je me suis rendue compte qu’il n’existait pas au Sénégal d’école qui soit à la fois bilingue, multiculturelle et de qualité. Moi qui comptais entreprendre dès que mes enfants allaient être un peu plus grands, j’ai décidé de créer la première école bilingue du Sénégal.

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace scolaire juste ?

  • AT : Tout simplement à un espace dans lequel les enfants sont heureux de se rendre. Les aspects matériels comptent, certes, mais il faut surtout que chaque enfant puisse bénéficier d’un parcours pédagogique adapté.

  • MM : De quelle façon votre pratique a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • AT : J’ai appris à plus faire confiance à mes collaborateurs et à plus déléguer.

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • AT : Sans hésitations mes parents. Ma mère qui a été une femme au foyer mais qui a toujours accordé une place prépondérante à l’éducation et à l’enseignement, et surtout mon père dont le premier métier fût celui d’instituteur. Il n’a jamais cessé d’apprendre jusqu’à la veille de son décès à 82 ans. En faisant de l’éthique et du travail des vertus cardinales, il s’est hissé aux plus hauts rangs de son métier de juge sur le plan national et international.

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • AT : En fait, il y a plusieurs projets. Tout d'abord, la mise en place d’une école à Bamako, au Mali, zone actuellement difficile. Ensuite, la création d’une structure SA (Société Anonyme) qui affilierait des écoles répondant à nos standards. L’objectif est de développer sur le continent africain des écoles à l’image de l’EAB (École Actuelle Bilingue de Dakar), du LCB (Le Collège Bilingue de Dakar) et de la nouvelle BSB (Bilingual School of Bamako). Bien entendu les curriculums seront les nôtres (cursus bilingue et bi-curriculaire), les modes de fonctionnement également. Nous travaillons actuellement sur la première affiliation pour une école devant ouvrir en Septembre 2017. Enfin, le dernier projet dans lequel je suis investie est la création d’une nouvelle école maternelle dans un autre quartier de Dakar, Ngor Almadies.

 
 
 
Selma Guettaf, Écrivaine, Paris-Oran (France / Algérie) - Avril 2016


Selma Guettaf est une écrivaine algérienne basée à Paris. Auteure de J'aime le malheur que tu me causes : les tribulations d'une adolescente algérienne paumée (paru en 2014 aux éditions Lazhari Labter), elle a été journaliste pour la presse écrite oranaise. En 2014, elle est lauréate d'un concours de nouvelles sur la ville d'Oran. Elle poursuit depuis des études en Lettres Modernes à Paris. Nous nous sommes rencontrées lors d'un débat littéraire organisé par l'Association Culturelle Berbère de Paris, dans le cadre de la Journée internationale des droits de la femme. C'est à une terrasse de café face à la Porte Saint-Denis que nous avons pu plus longuement discuter de l'espace littéraire - et topographique - que Selma arpente, ressuscitant un peu le style d'une jeune Carson McCullers. 

 

  • MM : Comment et quand avez-vous su que vous vouliez être écrivaine ?

  • SG : C’était mon rêve, depuis toute jeune. J’ai grandi avec des livres. Puis, je griffonnais tout le temps, même pendant les cours. Mes toutes premières histoires étaient inspirées de bandes dessinées, je reprenais le même univers avec les mêmes principaux personnages, ensuite j’inventais d’autres protagonistes, et je faisais évoluer tout ce monde-là dans un scénario conçu par moi-même. Je devais avoir 13 ans, et je ne savais pas alors que ce que je faisais s’appelait fanfiction. Par la suite, j’ai commencé à concevoir mes propres histoires, qui étaient en quelque sorte ce qu’on pourrait appeler des tranches de vie. J’ai toujours été très attentive aux gestes simples du quotidien, aux expressions de visages, aux mouvements du corps, j’aimais retranscrire tout cela avec une sorte de poésie, en parlant de choses qui pouvaient sembler à première vue parfaitement banales. Lorsque je travaille sur une histoire, la trame n’est jamais réellement définie à l’avance. C’est comme si je partais à la rencontre d’êtres qui ont véritablement existé, et que je parcourais une partie de leur chemin de vie avec eux, en observant leurs réactions de près.

  • MM : Pour vous, à quoi ressemble un espace - littéraire ou topographique - juste ?

  • SG : L’espace littéraire est en quelque sorte la forêt des sens dont parle Umberto Eco. Il est chargé de significations que l’on donne à débusquer, en menant le lecteur où l’on souhaite, empruntant telle ou telle bifurcation. A mesure que l’on progresse dans ces sentiers, on s’éloigne de ce monde réel, pour aller vers un autre créé de toutes pièces, où il y a à la fois le rêve (l’imagination) et l’impression de réalité. C’est tout un travail d’immersion qui permet de happer le lecteur. Pour ce faire, il y a le respect d’une certaine cohérence, le souci d’une bonne construction narratologique, la consistance donnée aux personnages…

  • MM : De quelle façon votre approche de l'écriture a-t-elle évolué au cours du temps ?

  • SG : Dans mon premier roman, j’avais le désir de me pencher sur l’adolescence. Je trouvais qu’on n’en parlait pas suffisamment dans la littérature maghrébine en général, et algérienne en particulier. Dans cette littérature, nous avons généralement des personnages adultes d’une trentaine ou quarantaine d’années, et s’il y a parfois la figure de l’adolescent, il s’agirait plutôt d’un personnage secondaire qui ne fait pas réellement évoluer l’intrigue. Dans mon histoire, ces rapports sont inversés. L’action est centrée sur des adolescents qui prennent la parole pour exprimer leur mal-être, leurs doutes, leurs peurs ou leurs envies. Avec ce deuxième manuscrit, j’ai essayé d’aller vers une forme de récit différente, en ajoutant une dose de poésie, comme une forme d’espoir. Il y a toujours cette ambition d’apporter un éclairage nouveau sur la société, mais je prends cette fois-ci des points de vue différents. Mon écriture témoigne du rêve de liberté que partage une génération nouvelle, qui porte son lot de rêves et de blessures, et qui pour témoigner de son existence, se heurte à de rudes épreuves.

  • MM : Quelle/qui est votre plus grande source d'inspiration ?

  • SG : Mon style s’inspire largement de celui de Françoise Sagan et de Nathalie Sarraute. Elles ont été de véritables révélations littéraires pour moi. Ce qui me plaît dans leurs œuvres, c’est que la simple description d’un comportement humain ou d’un sentiment peut s’étendre sur plusieurs pages. L’être humain avec sa solitude, ses faiblesses constitue l’essence même du texte. Je trouve cela sublime et j’essaie de l’appliquer pour mes écritures. D’autres lectures ont dû s’imprégner en moi pour donner naissance à mon style sans que je m’en rende forcément compte. Avant de commencer à m’intéresser à la littérature moderne, j’ai grandi en lisant Dostoïevski, Vladimir Nabokov et Mikhaïl Cholokhov, sans doute ces lectures ont marqué mon écriture.

  • MM : Pouvez-vous m'en dire plus au sujet du projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?

  • SG : J’ai toujours aimé travailler sur des personnages en totale perdition, poussés par une espèce de pulsion destructrice. Les deux personnages principaux de mon histoire, un frère et une sœur, sont très attachés à leur espace personnel, le petit appartement de leur enfance, tout en cherchant à s’en défaire. En s’éloignant de cet espace duveteux, rassurant, ils veulent par là aussi rompre leur lien. Ils cessent de se nourrir l’un l’autre pour aller à la conquête de leur propre désir. Mais leur sexualité est en rupture avec la société. Sans qu’ils culpabilisent, ils choisissent de manière tout à fait irrationnelle de pousser jusqu’à un point de non-retour leur déchéance.

 
 
 
Jenny Donovan, Urban Designer, Melbourne (Australia) - November 2014


Jenny Donovan is Principal at Inclusive Design, a practice based in Melbourne, and whose motto is : Creating places where people thriveWe met in Toronto, during a conference where we discussed the importance of affect in planning and design. We also went on a pilgrimage celebrating Jane Jacobs and other inspiring patrons around the streets of Toronto. I am happy to inaugurate this series of dialogues with her.

 

  • MM: How and when did you decide you wanted to be an urban designer?

  • JD: I have always been fascinated by cities; about how some places were so moving and were inspirational whilst other places seemed to depress the people who shared them. Examples of both these ends of the spectrum could be found all around me as I grew up in London and rural Ireland. I was intrigued by the inspirational and felt saddened by the depressing, I just knew it was wrong. I recall a story my mum told me, I was little, no more than perhaps 3 or 4 and had been taken to the doctor and whilst mum and the doctor were chatting I was given a pencil and some paper. What I chose to draw were buildings, trees and people. When the doctor saw this she told mum to “make her an architect”. Well, it wasn’t architecture I ended up in but I think as soon as I knew what urban design was I wanted to do that. I could think of nothing more interesting and satisfying.

  • MM: What would be a just space/city for you ?

  • JD: That’s a very good question! It would be a place that nurtured the people who lived there. This would mean they felt comfortable. They would have  a sense both of ownership and belonging to that place or city because it mattered to them, it would offer them a sense of being grounded. This would be achieved by a place that was rich in opportunity for people to interact with one another, enjoy nature, be inspired. It would be a place that equitably distributed transport opportunities; facilitating active transport for all, making it not just possible but preferable. It would be a place not dominated by cars. It would feel safe yet give children opportunities to challenge themselves. It would offer children (and adults) a rich and varied “play diet”. It would provide a myriad of opportunities to express yourself, contribute and participate in your community. Tasty, wholesome and nutritious food would be easily available.

  • MM: In what way has your practice evolved over time?

  • JD: I have always sought to develop my understanding of how people are nurtured by their surroundings. As the years have gone by I am more and more focussed on the details of designing places to meet this end. I do less big subdivisions and more and more urban renewal projects, particularly in rural areas and in overseas development contexts, and I wouldn’t have it any other way!

  • MM: What/who is your biggest source of inspiration?

  • JD: So many! My parents gave me a strong sense of social justice, some teachers who encouraged me to dream big and the cities of Dublin, Bristol, Jerusalem, Porto, Santiago in Spain and Melbourne in Aust, in whose streets I found examples of compositions of people and place that have moved me and on occasion saddened me but either way have left deep impressions on my mind and dare I say it my heart too.

  • MM: Can you tell me more about the current project you are engaged in?

  • JD: Presently working for UN Habitat in Palestine. I am working in a number of disadvantaged rural villages who have for many years been denied the opportunity to make plans for their communities. Recent years have seen these restrictions eased somewhat and with it the opportunity to work with these communities to envisage a better future and help them feel a greater sense of self determination. My role is to facilitate this process and help translate an agenda set by the community into design proposals that the community can implement. It's very satisfying and the people I work with are inspiring, so dignified and hospitable, despite everything they have been through.

  • For more information : http://www.inclusivedesign.net.au/

  • LinkedIn Clean Grey